L'huître (et les coquillages en général) est, très souvent, présente dans le domaine des Arts et des Lettres depuis fort longtemps, comme nous aurons l'occasion de le voir tout au long de nos mises à jour.
Et nous retrouvons fréquemment notre petit mollusque en littérature. C'est probablement son aspect physique, qui lui donne plus l'apparence d'une pierre que d'un animal, la rapidité avec laquelle elle se referme au moindre danger et la difficulté que l'on éprouve à les ouvrir pour s'en régaler qui lui ont valu le qualificatif d'hermétique.
Ne dit-on pas souvent "fermée comme une huître" en parlant d'une personne taciturne, peu loquace et repliée sur elle-même?
D'ailleurs, Gustave FLAUBERT écrivait, en parlant de lui-même,....."Je vis comme un ours, comme une huître à l'écalle" (18/08/1845 correspondance adressée à Ernest CHEVALIER)
Tristan BERNARD,lui, en fait l'instrument d'un de ses "bons mots" dont il avait le secret: "Le comble de l'optimisme, c'est de rentrer dans un grand restaurant et de compter sur la perle qu'on trouvera dans l'huître pour payer l'addition"
C'est, sans nul doute, Jean DE LA FONTAINE qui donna à l'huître ses plus belles de noblesse. Par deux fois notre poète en fait le personnage clef de ses fables.
La plus connue de tous est "l'huître et les plaideurs", mais nous sommes bien peu à nous rappeler que l'un des proverbes, le plus utilisé encore aujourd'hui, est tiré de la fable "le rat et l'huître" : "Tel est pris qui croyait prendre"
Les personnages de "Bel Ami", de Guy DE MAUPASSANT, en ont l'eau à la bouche dès leur apparition sur la table:
"Les huîtres d'Ostende furent apportées, mignonnes et grasses, semblables à de petites oreilles enfermées en des coquilles et fondant entre le palais et la langue ainsi que des bonbons salés...."
On dit que c'est une huître, qui valut à André MALRAUX son prix nobel de littérature, grâce à cette phrase, qui depuis a fait le tour de la planète:
"Un huître avertie en vaut deux"
Enfin, si le cinéaste Tim BURTON, s'est rendu célèbre par ses oeuvres cinématographiques comme : Mars attacks, Batman, Big fish et Edward aux mains d'argent, il est aussi un remarquable écrivain d'une sensibilité peu commune.
Et c'est à la lecture d'un recueil de poèmes intitulé "La triste fin du petit enfant huîtres et autres contes" que l'on mesure tout le talent de cet auteur. Ce conte cruel et tendre, à la fois, retrace la vie et la sombre destinée d'un petit garçon-huître rejeté par ses parents et finalement dévoré par son père, convaincu des vertus aphrodisiaques de l'huître.
Il faut noter que l'oeuvre vaut aussi par une superbe illustration de l'auteur lui-même.
Mais les coquillages, et l'huître en particulier, n'ont pas inspiré que les écrivains; comme nous allons le voir les peintres ne sont pas en reste dans le domaine.
Sujet de nature morte ou thème principal d'une scène de la vie quotidienne, fixée à jamais sur la toile par l'artiste, l'huître a souvent su exciter le génie créatif des grands maîtres de la peinture.
Ainsi, Guillaume FOUACE (1837-1895) nous le présente prêtes à être dégustées et intitule son huile, tout simplement "Huîtres et citron"
De son côté, Oscar GUET (1801-1871) leur donne le rôle principal dans une scène se déroulant dans les parcs de la Manche, où des femmes s'emploient à les trier. Cette huile sur toile de 1827 se nomme "Parc aux huîtres de Granville"
Présentes aussi dans des scènes de plaisir, elles sont le régal de convives attablés au cours d'un déjeuner peint par Jean-François de TROY (1679-1752). Ce tableau nous prouve, d'ailleurs, à quel point l'huître était appréciée au XVIIIiéme , époque où il n'était pas rare, dit-on, de voir un amateur de ce mollusque en dévorer 150 dans le même repas.
Plus modeste semble être l'appétit des gens du peuple et de la petite bourgeoisie,pour les huîtres et les moules mais leur envie et leur plaisir n'en sont pas moins grands. Leurs visages en témoignent et ce petit régal qu'ils s'octroient semble leur faire oublier leur misère et leurs peines.
Tour à tour:
Jan STEEN (1625-1679)au travers de ses sur toiles nous fait entrer dans les demeures bourgeoises et nous conte un peu de leur intimité.
C'est tout d'abord "La Mangeuse d'Huîtres" (1658-1660)
Puis la délicate attention de cet "Homme offrant une Huître"
Léon BRUNIN (1861-1949), lui, nous fait participer aux joies plus simples des gens du peuple avec "Le Mangeur de Moules"
Mais coquillages et crustacés offrent aussi beaucoup de matière à l'inspiration de nos artistes et certains d'entre eux les préfèrent en sujet de natures mortes. Ainsi Bert OZIAS (1580-1624)nous tente avec ses "Huîtres Plates"
et Denis Pierre BERGERET attire notre attention avec des "Crevettes Roses"
Pendant que Hubert BELLIS (1831-1902) accompagne ses huîtres plates d'un superbe homard,
et qu'Eugène PARISY entasse, pêle-mêle, huîtres, moules et crevettes roses.
Mais il arrive parfois que Littérature te Peinture se retrouvent, pour notre plus grand bonheur, et que la première inspire la seconde. Ce fut le cas de l'huile sur toile peinte entre 1716 et 1717 par Claude GILLOT et intitulée "La Tombe de Me André" et inspirée par la fable que nous avons évoquée dans la partie relative à la littérature: "L'huître et les plaideurs".
Dans l'oeuvre de GILLOT, nous découvrons Mezzetin et Scaramouche qui, se disputant une bouteille du divin breuvage, en appellent à l'arbitrage d'Arlequin qui, lui, en profite pour boire le vin.
Nous ne pouvons clore cette période classique de la peinture sans évoquer une autre coquillage qui vola souvent la vedette aux huîtres. Emblème des pèlerins revenant de St Jacques de Compostelle, symbole religieux et sacral, la coquille St Jacques sert d'écrin à l'une des plus célèbres Vénus de l'art pictural: "La Vénus" de BOTTICELLI